Le president d Amiens au foot il prend cher la ☺
Au cœur d'un multiplex où l'on saute d'un stade à l'autre dans la légèreté d'une soirée de sport, les images surgissent à l'improviste et, d'un coup, toute perspective est balayée. En une seconde, le futile est relégué loin derrière, résultats, buteurs, points, cartons, classement, et le sérieux, l'essentiel, prend toute la place : des gens sont tombés, comment vont-ils ? Devant les corps allongés sur l'herbe, les allées et venues des secouristes, les brancards qu'on apporte à la hâte, les visages paniqués, affleurent les mauvais souvenirs et les angoisses les plus naturelles. Évacuer tout le reste pour s'inquiéter du sort des blessés, voilà une réaction saine sans doute, humaine forcément, mais pas unanime, malheureusement : à peine la barrière de la tribune du stade s'était-elle effondrée que le valeureux président amiénois, Bernard Joannin, faisait montre de son sens aigu des responsabilités. L'origine de l'accident ? Le comportement des supporters lillois, bien sûr, qui« se sont lancés de façon désordonnée ». Notre bon président aurait plutôt apprécié que les supporters lillois, à l'instant de l'ouverture du score de leur équipe, se rangent deux par deux en se donnant la main, comme au CP, pour descendre les uns après les autres fêter le buteur qui venait les saluer. Alors, forcément, la barrière a cédé, quand bien même était-elle « en parfait état », nous dit encore Joannin, comme si le capitaine du Titanic, resté aux machines jusqu'à la noyade, avait expliqué au premier poisson croisé que son bateau était insubmersible. Un peu plus et Joannin pointait du doigt le comportement irresponsable de Ballo-Touré, venu célébrer son but pile devant les supporters de son équipe : quel inconscient ! Lever les bras pour ne pas se faire pincer par l'arbitre, tous les joueurs de foot connaissent, et tous pourront dire à Bernard Joannin que cela ne marche pas souvent. Non, les supporters lillois n'ont pas voulu « pénétrer sur le terrain », parce que, tout« ultras très énervés » qu'ils sont peutêtre, ils ne sont pas assez stupides pour envahir la pelouse alors que leur équipe gagne enfin. Non, la barrière ne semblait pas «en parfait état ». Et il n'est pas besoin d'avoir un diplôme d'architecte pour remarquer que le stade de la Licorne n'a pas été entretenu avec acharnement et méticulosité ces dernières années. En attendant, Joannin, toujours inspiré, nous explique qu'il y a « une réflexion forte à avoir au niveau de la Ligue concernant les déplacements des supporters ». En voilà une bonne idée, frappée au coin du bon sens : si on interdisait tous les supporters, il n'y aurait personne dans la tribune visiteurs et la barrière ne céderait jamais ! Ou alors il faudrait peut-être une vraie réflexion, au niveau de la Ligue, pour encadrer la nomination des présidents de club. Et, parfois, les rappeler à la décence.
"Lever les bras pour ne pas se faire pincer par l'arbitre, tous les joueurs de foot connaissent, et tous pourront dire à Bernard Joannin que cela ne marche pas souvent