Le nouveau entraineur de l OM,attention ca envoie 😆
Interview (longue 😅 ) dans france football d aujourdhui
BIELSA UN FOU CHEZ LES FADAS
FLORENT TORCHUT, À ROSARIO
Méticuleux, obsessionnel, colérique menaçant, intransigeant, intraitable..., le technicien argentin, en passe de s'engager avec l'OM, n'est pas du genre impressionnable. Portrait intime d'« el Loco » de Rosario.
À SON ARRIVÉE À NEWELL'S OLD BOYS, IL A ABANDONNÉ LES HÔTELS CINQ ÉTOILES POUR INSTAURER DES MISES AU VERT DANS UN LYCÉE MILITAIRE.
Cela ne s'invente pas. Un immense panneau «Grupo Louis-Dreyfus» accueille le visiteur qui rallie Rosario via l'autoroute n° 9, depuis Buenos Aires. C'est dans cette ville de province, située à 300 kilomètres au nord-ouest de la capitale argentine, le long du fleuve Parana, que Marcelo Bielsa a vu le jour, à l'instar de Che Guevara et de Lionel Messi. C'est également ici qu'il a forgé sa légende, entre 1990 et 1992.
GRENADE, BASTON ET SOLDAT. Bielsa à l'OM? Le mariage s'annonce explosif entre le club phocéen, que nombre d'Argentins considèrent comme le plus latino de l'Hexagone, et un entraîneur au caractère bouillonnant. À Rosario, personne n'a oublié ce soir de février 1992 où, à l'issue d'une débâcle mémorable en Copa Libertadores face à San Lorenzo (6-0), des milliers de supporters en furie se présentèrent devant son domicile pour lui demander des comptes. En guise de réponse, les hinchas (supporters en espagnol) de Newell's Old Boys eurent droit à un accueil musclé. Brandissant une grenade sur le pas de sa porte, l'entraîneur s'écria: «Si vous ne dégagez pas, je vous fais voler en éclats!» Bielsa n'est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Un jour, à l'entraînement, Adrian Taffarel, joueur de Newell's Old Boys, mécontent de se retrouver dans l'équipe des remplaçants, jette sa chasuble par terre, puis quitte le terrain. À la fin de l'entraînement, Marcelo Bielsa lui demande de le suivre dans une pièce. Il ferme la porte à clé et lui dit : « Allons-y, foutons-nous sur la gueule!» Interloqué, Taffarel le regarde avant de vite s'excuser, en lui assurant qu'il n'a pas du tout l'intention de se battre. «Il est comme ça, Marcelo: quand il y a un problème, il cherche à crever l'abcès tout de suite », relate Raul Oliveros, dirigeant à l'origine de son premier contrat d'entraîneur professionnel à Newell's Old Boys, attablé au restaurant Pan & Manteca, repaire des amis de Marcelo Bielsa et Tata Martino dans le centre de Rosario.
Depuis ses débuts sur le banc des Lépreux (le surnom des joueurs de Newell's), Bielsa fait rimer autorité avec austérité. À peine nommé à la tête de l'équipe première, il décide de réduire de manière drastique le train de vie de celle-ci. «L'équipe avait l'habitude de descendre dans des hôtels cinq étoiles, raconte Oliveros. Mais, pour Bielsa, les joueurs avaient besoin d'un environnement moins douillet, plus en phase avec le combat auquel ils se livraient sur le terrain. Il a alors instauré des mises au vert au lycée militaire de Funes», où est installé un seul et unique téléphone. «Ma femme, prévient Bielsa, est sur le point d'accoucher. Je lui ai dit d'appeler son père s'il se passait quoi que ce soit. Ce téléphone ne doit servir qu'en cas d'urgence extrême.» «Je n'utilise jamais le mot "soldat" pour me référer à un footballeur, se défend-il toutefois. Je ne vois pas non plus mes joueurs comme des machines. Ces deux comparaisons me paraissent malheureuses. »
HUMOUR NOIR, DOIGT COUPÉ ET «ENVIE DE MOURIR». Ceux qui lui ont tenu tête se comptent sur les doigts d'une main, le plus célèbre d'entre eux étant le fantasque José Luis Chilavert. Star de Velez Sarsfield, le gardien n'hésita pas à se rebeller plusieurs fois contre son entraîneur, allant jusqu'à dénoncer dans la presse son attitude autoritaire. Bielsa choisit alors une autre arme pour apprivoiser «Chila»: l'humour noir. Au retour d'un déplacement en avion perturbé par de fortes turbulences, l'Argentin se tourne vers le Paraguayen et lui lance: «Chilavert, êtes-vous heureux?» L'insolite épisode mit un point final à leurs désaccords. C'est d'ailleurs avec humour qu'il entame sa carrière du côté de Velez. «Messieurs, vous savez ce qui m'impressionne le plus dans ce club?», demande-t-il à ses joueurs lors de sa première causerie. Alors que ces derniers restent bouche bée, il leur rétorque: «Votre voiture, Husain (NDLR: attaquant international argentin), elle est incroyable!», provoquant un fou rire général.
Une autre anecdote, rapportée par Fernando Gamboa, l'un de ses protégés, souligne à quel point l'Argentin est obnubilé par la victoire. «À la veille d'un clasico contre Rosario Central, alors que je jouais à un jeu vidéo car je n'arrivais pas à dormir, Marcelo est venu me voir. Il m'a demandé: "Toi, de quoi serais-tu capable pour gagner un clasico ?" Je lui ai répondu: "Je serais prêt à me jeter la tête la première pour éviter un but." Et lui m'a rétorqué: "Ce n'est pas suffisant! Moi, je pourrais me couper un doigt!" Je l'ai regardé et il n'avait pas l'air de plaisanter.» Ancienne gloire de Newell's, Jorge Valdano a eu une conversation similaire au cours d'un trajet en avion avec lui.
À BILBAO, IL A PRIS À LA GORGE UN CHEF DE CHANTIER. LE LENDEMAIN, IL EST ALLÉ SE DÉNONCER À LA POLICE.
«Il m'a demandé s'il m'était déjà arrivé d'avoir enviede mourir après une défaite», se souvient l'ancien directeur sportif du Real Madrid. « La semaine qui suit une défaite est un enfer, déclarait ainsi Bielsaen décembre 1990. Je n'arrive plus à jouer avec mes filles, je ne peux pasaller manger avec mes amis. C'est comme si je ne méritais pas ces petites joies quotidiennes.»
COUVENT, CADEAU ET VICE-GOUVERNEUR. Capable de s'isoler du monde extérieur durant de longues semaines dans sa propriété, dans la campagne rosarina, Bielsa joue parfois les moines ascètes. «Quand j'ai démissionné de mon poste de sélectionneur de l'Argentine (NDLR: 19982004), je me suis enfermé dans un couvent. J'ai emporté plusieurs livres. Je n'avais ni téléphone ni télévision.Je suis resté là-bas trois mois, mais j'ai fini par rentrer car je commençais àme parler tout seul. Je devenais réellement fou », a confié un jour ce fervent croyant au tennisman Gaston Gaudio. Un épisode un peu mystique à rattacher à un autre. En octobre 2011, lors d'un match de Championnat à San Mames avec l'Athletic Bilbao, le banc de l'équipe locale arbore de mystérieuses pancartes avec pour seule inscription le mot «Clarisa».
Si Bielsa se refusera à tout commentaire, il s'agissait en fait d'un hommage aux soeurs du monastère de Santa Clara, dans le village de Medina de Pomar, à qui il avait rendu visite quelques semaines auparavant avec son épouse pour prier et demander un petit coup de pouce au bon Dieu pour réaliser son oeuvre.Le pieu sait aussi se faire calculateur. Tel un joueur d'échecs, «tout ce qu'il fait est pensé au détail près, estime Dardo Jara, un ancien coéquipier de Newell's qui tient aujourd'hui un kiosque à journaux dans le centre de Rosario.Il ne laisse rien au hasard. Je me souviens d'un déplacement à Buenos Aires,lorsque nous jouions avec la réserve. Marcelo et moi étions assis à côté dansle bus. Il lisait El Grafico, tout en écoutant la radio et en maintenant une conversation avec moi. Il suivait toutes les divisions et possédait déjà cette grande capacité d'analyse.» Le kiosque tenu par Jara appartient à Marcelo Bielsa, qui lui a proposé de le gérer quand celui-ci se trouvait au chômage.Car le bonhomme n'est pas seulement une caricature de tyran. «Un jour, je rentre du travail et je découvre une voiture sous le porche de ma maison, se remémore ainsi José Falabella, son ami d'enfance. Je demande à ma femme à quielle appartient et elle me répond: "À toi, c'est un cadeau de Marcelo. Mais il ne veut pas que tu l'appelles." J'ai laissé passer quelques jours,puis je l'ai appelé, mais il a refusé de m'en parler. Quelques années plus tard, je me la suis fait voler. Mais, il y a deux ans, un assistant de Marcelo est venu au garage avec une nouvelle voiture.» Connu pour ses bonnes oeuvres, Bielsa finance actuellement la résidence que Newell's Old Boys fait construire pour les professionnels et les jeunes du centre de formation à Bella Vista, le centre d'entraînement du club, dans la banlieue ouest de Rosario. Le projet est dirigé par sa soeur, Maria Eugenia, architecte de renom et ancienne vice-gouverneure de la province de Santa Fe.
Ca continue
ARISTOCRATES, VENDEUR DE SAUCISSES ET BRICOLAGE NOCTURNE.
Car Marcelo Bielsa est issu d'une famille d'intellectuels très respectée à Rosario. Son grand-père fut l'un des précurseurs du droit administratif argentin. Une salle du tribunalde la ville porte d'ailleurs son nom. Politicien reconnu, son frère Rafael fut quant à lui ministre des Affaires étrangères de Nestor Kirchner. «Lorsqu'il a décidé d'abandonner ses études pour se consacrer au football, il est parti vivre dans une pension, se souvient José Falabella. Sa famille n'approuvait pas vraiment son choix, mais, avec le temps, il a fini par les convaincre que c'était sa voie.» «Même s'il vient d'une famille d'aristocrates, il a toujours eu un rapport très particulier avec les gens du peuple, note Armando Garrido,un ami qu'il a connu à Newell's. À Bilbao, il est par exemple devenu proche d'un vendeur de saucisses du stade. À Marseille, vous pouvez être certains qu'il se liera d'amitié avec les gens dans les bars et les pêcheurs du coin!»«Fanatique rationnel», comme il se définit lui-même, il est capable d'aller sonner à 3 heures du matin chez les parents d'un gamin qu'on lui a signalé afinde les convaincre de le faire signer dans son club. C'est ainsi qu'il avait recruté le futur Parisien Mauricio Pochettino, alors âgé de treize ans, à Newell's Old Boys. «Il est très exigeant avec lui-même et envers ceux qui l'entourent», assure Armando Garrido. Une méticulosité qui peut virer parfois à l'obsessionnel. Son ancien comptable a ainsi fini par jeter l'éponge après avoir découvert un dimanche après-midi une cinquantaine d'appels en absence de sa part sur son portable. «À Bilbao, il a eu un accrochage avec l'un des responsables de la rénovation des installations du club, poursuit Garrido. Il revenait de vacances et les travaux n'étaient pas finis comme convenu avant son départ. Il l'a pris à la gorge, ça s'est très mal passé. Finalement, le lendemain, il est allé se dénoncer lui-même à la police.» Le technicien supporte mal les approximations et les obstructions. Lorsqu'il dirigeait l la sélection chilienne, en pleine nuit, il cloua des planches devant le terrain d'entraînement afin d'éviter que quiconque ne marche sur la nouvelle pelouse qu'il venait de faire installer.
AGENT DE POLICE, RÉGIME ET ABANDON. Quand le stratège a une chose en tête,difficile de le faire changer d'avis. «Une fois, enfants, nous jouions au football dans la rue, se remémore José Falabella, et un voisin a appelé la police. Quand l'agent est arrivé, nous avons tous déguerpi, sauf lui. Il a demandé à l'agent de se pousser car il voulait à tout prix tirer son corner. Ila fini au commissariat. Son père est allé le chercher. Il l'a obligé à récupérer le ballon et, dès qu'il est revenu, il a recommencé à jouer!» Alors qu'il vient d'être nommé sélectionneur de l'Argentine en 1998, son meilleur ami, Carlos Altieri, lui organise un séjour en Europe afin d'assister à une série de matches en Espagne, en Italie, en Angleterre et en Allemagne. Après avoir obtenu un congé exceptionnel de la part de son patron, le copain passe le chercher chez lui, direction Buenos Aires. Bielsa lui confie alors qu'il ne se«sent pas bien, je suis gros». Altieri lui parle d'un centre de remise en forme, à Puiggari, où il aime se rendre de temps à autre.
«LE JOUEUR QUI NE COMPREND PAS, DEHORS ! ASSÈNE BIELSA. ON PARLE DE HAUT NIVEAU ET TOUT LE MONDE N'EST PAS FAIT POUR ÇA.»
Et lui suggère de le faire à leur retour. Mais Bielsa ne peut pas attendre. Il fait stopper le véhicule et abandonne son ami. «Tu nem'en veux pas, Carlos? Il faut que j'y aille.» «Sa grande phrase, c'est:"Qu'en penses-tu ?", mais il finit toujours par n'en faire qu'à sa tête», s'amuse sans rancune Altieri. Un entêtement que confirme Juan Sebastian Veron, dans sa biographie. «Nous étions réunis avec la sélection et il nous a demandé si nous préférions une défense à trois ou à quatre, rapporte le milieu de terrain d'Estudiantes de La Plata. On a fait un vote et la ligne de quatre défenseurs est sortie largement majoritaire. Il nous a alors regardé et nous adit: "Messieurs, cela démontre que vous préférez clairement jouer à quatre derrière... Mais je tiens à vous annoncer que nous allons pourtant jouer avec une défense à trois, au revoir." Et il est parti.»
VIDÉOS, BAGARRES DE RUE ET ODEUR DE SANG.
Pragmatique, Bielsa ne veut rien laisser au hasard. Au Mondial 2002, il emporte avec lui plus de 7000 vidéos! Avant de signer à l'Athletic Bilbao, il visionne les cinquante-cinq précédentes rencontres du club. «Il y en a quarante-deux que j'ai vues deux fois», précise-t-il. Le«Loco» justifie ainsi son caractère obsessionnel: «Le joueur qui ne me comprend pas, dehors ! confia-t-il un jour. On parle de haut niveau et tout le monde n'est pas fait pour ça. Si, à l'entraînement, on fait 220 centres vers un joueur et qu'on imagine que cinq vont lui arriver, j'exige qu'il aille à fond sur tous les ballons, comme si c'était sa seule opportunité. Parce qu'une opportunité,c'est un but, et qu'un but signifie la vie pour nous. S'il ne prend pas ne serait-ce qu'un centre, je le tue! Parce qu'en ratant cette balle, il nous fait perdre l'argent, le triomphe, la vie. Vous croyez que je suis fou? Il s'agit de créer une atmosphère et de se forger une mentalité.» Tous les joueurs qui l'ont côtoyé valorisent souvent sa capacité à tirer le maximum de chacun. «C'est l'entraîneur qui a su tirer le meilleur de mes qualités, insiste l'ancien international Roberto Ayala. Il rend ses joueurs plus forts.» En écho, l'ancien Albiceleste Nelson Vivas ressort une anecdote datant d'un match d'éliminatoires de la Coupe du monde 2002. «Avant notre rencontre contre la Colombie, il nous a parlé comme jamais je n'avais entendu parler un entraîneur: "Dans les bagarres de rue, il y a deux sortes de combattants: il y a celui qui frappe,voit du sang, a peur et fait demi-tour. Et il y a celui qui frappe, voit du sang et se jette dans la bataille, prêt à tuer. Les gars, je reviens de dehors et je vous jure qu'on y respire l'odeur du sang !"» On comprend un peu mieux pourquoi Vincent Labrune a tant insisté pour le voir entrer dans la bagarre olympienne..
Et pour finir
Pour réveiller l'OM, le technicien argentin a promis de tout bouleverser. Un (si) vaste chantier l'attend...
AVEC BIELSA, LES JOUEURS DE L'OM VONT SUBIR UNE RÉVOLUTION CULTURELLE.
«Qu'est-ce qui est indispensable dans le football ? Ni les entraîneurs, ni les médias, ni les dirigeants, ni les arbitres, ni les spectateurs. La seule chose qui est indispensable, ce sont les supporters. » Ainsi parle Marcelo Bielsa. Un discours qui mettra du baume au coeur des fans les plus assidus du Vélodrome, qui ont vu le stade se dégarnir au fil des saisons, et pis, des tribunes se déchirer dernièrement, entre anti et pro-direction. « C'est un Argentin, il a l'habitude des ambiances assez chaudes », sourit Vincent Labrune. Après trois ans de travaux, l'OM retrouvera une enceinte flambant neuve en août. Pour retrouver une chaude ambiance, Bielsa aurait tout intérêt à (vite) réussir à faire bouger les lignes phocéennes.
LA RÉVOLUTION DU JEU
Enfin, il le reconnaît : « Cela fait plus de trois ans qu'on joue mal. » Vincent Labrune résume l'état d'esprit de nombreux déserteurs du Vélodrome, lassés de recenser les victoires « à la marseillaise » (12 fois 1-0 en L1 en 2012-13) ou les cambriolages à domicile (10 défaites cette saison, toutes compétitions confondues). « À l'OM, on n'est pas spécialement réputé pour nos élans barcelonais, assume le président. Plutôt pour nos valeurs de combat. À défaut de beaux matches et de grand football, on a vécu quelques splendides moments de bravoure, avec de l'énergie, du courage, des maillots mouillés. L'idée est de donner à la fois plus de plaisir aux gens, mais aussi de lutter contre les stars du Paris-SG et de Monaco. Avec un quart de leur budget, tu as 0 % de chances de t'en sortir, si ce n'est en ayant de l'ambition dans le jeu, en créant une machine de guerre collective. » Bielsa aime ce type d'expression. Cité comme une source d'inspiration par de nombreux entraîneurs (Guardiola, Simeone, Pochettino, Berizzo), adepte du 3-4-3 dans l'absolu avec des ailes parfaitement rodées -- un système qu'il adapte en réalité tant il est coûteux en énergie --, il a offert de jolies rencontres à la tête des sélections argentine, chilienne ou de l'Athletic Bilbao. Après avoir épluché les profils de l'effectif olympien, il l'a jugé de qualité, quoique manquant de densité sur le banc et en réserve. Il est plus fan d'André Ayew que de Mathieu Valbuena. « Il n'est pas du tout critique sur le potentiel de l'OM, il ne va pas repartir de zéro », confie un proche. Il n'aura pas le choix, de toute façon : l'OM n'embauchera pas dans les grandes largeurs, comme la saison dernière, et la première recrue s'appellera sans doute... Morgan Amalfitano, de retour de prêt.
LA RÉVOLUTION DES MENTALITÉS
En octobre, juste après un clasico perdu à domicile, on avait reparlé du fameux projet « Dortmund » avec le président Labrune, en lui demandant s'il pensait que Baup était un entraîneur du même acabit que Klopp. « Élie sait travailler avec les jeunes», ripostait le patron de l'OM. Entre les retards répétés à l'entraînement et les chichas allumées tard la veille des rencontres, il se trompait. Bielsa va devoir réinventer le concept d'autorité. De Brice Dja Djédjé à Florian Thauvin en passant par Dimitri Payet, tous les joueurs se réjouissent de l'arrivée de Bielsa, « le coach qu'il faut à l'OM », selon une formule que vous allez entendre en boucle. Quand ces beaux discours laisseront la place à des rictus de souffrance sur le terrain d'entraînement, les avis seront sincères. Les ex-Olympiens Lucho et Heinze ont adoré ces séances intenses et pointues avec la sélection argentine, mais eux sont des bourreaux de travail. « On va enfin savoir ce que la jeune génération a dans le ventre, sourit Luis Fernandez, qui s'est entretenu avec Bielsa, début avril sur Paris. S'ils sont toujours éparpillés avec lui, il n'y a plus rien à faire pour eux ! » Les cadres ne seront pas épargnés. En 2012-13, Bielsa n'a pas fait de cadeaux à Fernando Llorente, la star de Bilbao, en instance de départ sans indemnité et qualifié de « mercenaire » par les dirigeants et les socios du club. Ces derniers jours, Anigo, coach intérimaire et fervent partisan du tennis-ballon, semble tout faire pour accentuer le contraste avec les futures méthodes de Bielsa : entraînement de quarante-cinq minutes, douche comprise, mercredi matin; atelier rugby jeudi matin. 
LA RÉVOLUTION DU STAFF
Pour Bielsa, la question de l'enveloppe consacrée à son staff est aussi importante, voire plus, que sa rémunération personnelle. Il va renouveler l'encadrement, en commençant par l'étoffer. « Il veut un mec par ligne », explique un cadre olympien. Ce staff sera « mixte », composé de nouvelles comme d'anciennes têtes, avec une transition assumée par Bielsa. Le corps médical cornaqué par le docteur Christophe Baudot donne satisfaction, mais pourrait compter des kinés supplémentaires. La cellule vidéo, qui ne compte qu'un salarié, sera renforcée. Sur le banc, Franck Passi, un laborieux qui parle espagnol, pourrait être conservé. Les sorts d'Albert Émon, du préparateur physique Christophe Manouvrier ou de l'entraîneur des gardiens Laurent Spinosi sont plus opaques. « Ils ont un job à finir d'ici le 17 mai, et il faut leur trouver un point de chute », explique-t-on au club. Contrairement aux disciples de Bielsa, comme le Chilien Diego Reyes, qui arriveront et partiront avec lui, plusieurs membres du staff actuel sont en CDI et leur réaffectation n'est pas une mince affaire.
BIELSA VA DEVOIR RÉINVENTER LE CONCEPT D'AUTORITÉ
LA RÉVOLUTION DU CLUB
Bielsa ou Monsieur X à la tête de l'équipe pro, Spinosi n'aurait probablement pas été conservé chez les pros la saison prochaine, victime de la stagnation de Mandanda. L'OM est à un tournant. Se restructurer est devenu fondamental. Si les installations de la Commanderie constituent un bel outil de travail, et Bielsa l'a noté, trop de secteurs sont en jachère, de la cellule de recrutement à la formation. Comment expliquer à Bielsa que l'un des piliers de l'encadrement au centre de formation soit aussi rattaché dans le même temps à la sécurité d'Anigo et du groupe pro ? Trop de postes sont indéfinis, certaines compétences sont floues ou ont été supplantées par une prime au réseau. « Attention, Bielsa n'a pas des exigences dans tous les domaines, précise Vincent Labrune. Mais c'est l'occasion pour l'OM de prendre une dimension qui va au-delà du jeu, d'aller vers plus de professionnalisation, de rationalisation. De passer un cap dans l'organisation générale.
J'avais évoqué ce point lors de mes rencontres avec André Villas-Boas, et il m'avait parlé de Bielsa comme de l'homme idoine. Et "AVB" connaît Bielsa, au point d'aller le voir en Argentine lorsqu'il a perdu son père (NDLR : Rafael Bielsa s'est éteint en mars, à quatre-vingt-dix ans). » Le chantier de la formation sera un bon indice de cette évolution à moyen terme. Indépendamment de l'arrivée de Bielsa, un départ d'Anigo pourrait provoquer une nouvelle donne. Celui qui doit théoriquement redevenir directeur sportif discutera de son avenir avec Labrune mi-mai. Il assure que sa décision est prise, mais il semble encore douter. Anigo n'a pas participé aux discussions avec Bielsa, même s'il a évoqué son nom avec Labrune dès le 8 décembre 2013, appréciant le style de l'Argentin. Il n'y aurait pas de problème de cohabitation pour le recrutement, mais « el Loco » ne tolérerait pas d'ingérence dans sa gestion du groupe.