Il n'y avait pas d'aggréssivté de ma part, où alors c'était involontaire.
Ce que je veux dire sur ce "référendum" c'est :
1) on n'organise pas un référendum dans un pays en paix, sous contrôle d'une armée étrangère venue envahir le territoire en question
2) on n'organise pas un référendum sans campagne électorale, avec les médias indépendants interdits, avec des blindés et des soldats d'une armée étrangère qui patrouille dans les rues
3) on n'organise pas un référendum où il n'est pas possible de répondre non. Puisqu'il y avait deux questions : la première : souhaitez vous rejoindre la Russie et la 2e : souhaitez vous revenir à la constitution de la Crimée de 1992, avec à chaque fois une case à cocher en face de la question et pas deux cases oui ou non pour chaque question
4 ) on n'organise pas un référendum où le droit des minorités (Ukrainiens 20% et Tatars 12%) n'est pas garanti
5) on n'organise pas un référendum pour annexer un territoire sans aucun observateurs internationaux.
6) on n'organise pas un référendum qui n'a pas lieu d'être tenu ! Il n'y avait aucune raison de l'organiser : la majorité russe de Crimée n'était pas privée de ses droits, l'autonomie de la Crimée n'était pas menacée, il n'y avait pas de massacres de population (comme au Kosovo), pas d'apartheid, pas de milices dans les rues où je ne sais quoi.
Le référendum a eu lieu en 1991, il était légal, toutes les communautés y avait participées et avait donné 54% de oui en Crimée en faveur de l'indépendance de l'Ukraine. "Etrangement", ce référendum de 91 n'est jamais signalé par le Kremlin
6) On n'organise pas un référendum quand toutes les élections précédentes se sont tenues normalement. Le parti du nouveau premier ministre autoproclamé de Crimée, Axionov, le Bloc Russe qui a prit le pouvoir dans les valises de l'armée russe a fait...4% lors des dernières élections en Crimée...4%...
Ce référendum s'est tenue dans une ambiance émotionnelle ultranationaliste, chauffée à blanc par une campagne de propagande ahurissante des médias russes pendant des mois d'une violence ukrainophobe inouïe. Cela n'a rien de rationnel. Bon maintenant, c'est fait. Je pense que la gueule de bois va être assez terrible en Crimée lorsque l'euphorie nationaliste va retomber.
Sur la langue. Soyons clair. Depuis, 1991, il n'y a qu'une seule langue officielle en Ukraine, c'est l'ukrainien.
Mais, il y a des écoles russes et des écoles ukrainiennes (les parents choisissent de mettre leurs enfants là où ils le souhaitent que cela soit dans l'ouest, le sud, l'est ou le nord du pays).
Les médias sont en russe ou en ukrainien, les télés sont dans les deux langues etc.
Seuls les documents officiels sont en ukrainien.
En Ukraine, la langue menacée, ce n'est pas le russe mais l'ukrainien qui au retour de l'indépendance en 1991 était moribonde après des siècles de russification obligatoire.
23 ans après l'Ukraine est devenue un pays majoritairement bilingue, ce qui signifie, que petit à petit l'ukrainien a repris sa place dans son propre pays. A Kiev, les gens passent désormais d'une langue à l'autren, chez eux ou au travail selon l'âge ou l'origine de leur interlocuteur.
Dans l'est du pays, la langue russe reste majoritaire. A signaler d'ailleurs, que les Russophones de l'est ne sont la plupart du temps pas des Russes ethniques mais des Ukrainiens dont la langue natale est le russe, comme des Irlandais de Dublin.
Tout ça pour dire que le gouvernement provisoire n'a interdit à personne de parler russe. Ce qui est 1) impossible, 2) ironique puisque la plupart des responsables de l'ex-opposition devenue gouvernement provisoire sont très majoritairement des Ukrainiens...russophones qui viennent très souvent de l'est du pays ! Comme tous les présidents de la république depuis l'indépendance, comme Ioulia Timochenko ou Vitali Klitchko etc...
Donc, il n'y a jamais eu de langue officielle russe en Ukraine et il n'y a jamais eu de volonté de s'introduire dans les cuisines ou les chambres à coucher des citoyens pour vérifier en quelle langue ils "causaient"...
Ce qu'il s'est passé c'est qu'en 2012, Viktor Ianoukovitch avait fait passer une loi créant la notion de seconde langue régionale. En clair, il était possible de remplir certain papiers administratifs en russe dans l'est et le sud du pays. Une loi qui n'avait jamais été ressentie comme nécessaire entre 1991 et 2012 que le gouvernement provisoire a eu la mauvaise idée de supprimer.
Mauvaise idée, non pas sur le fond. Franchement, remplir un dossier administratif en ukrainien en Ukraine de l'est, cela n'a rien ni de scandaleux, ni de traumatisant, mais mauvaise idée d'une point de vue psychologique, car les médias du Kremlin ont sautés sur l'occasion.
Du coup, le gouvernement est immédiatement revenu en arrière et a annuler son annulation.
Mais franchement, cela était dérisoire et ne menaçait personne...
Reste que sur le fond. Poutine va continuer à destabliser l'Ukraine, que cela peut dégénerer en conflit, mais que sur le fond, c'est une victoire à la Pyrrhus pour la Russie. Car, l'Ukraine, aujourd'hui est soudée contre l'envahisseur et du coup, va se précipiter vers l'UE, ce qui est l'inverse de ce que souhaitait au départ Poutine et la Crimée et toute cette crise va lui coûter très cher économiquement. Alors cela ne va pas être d'un seul coup, mais sur le moyen et long terme, c'est un net recul économique pour la Russie.
Enfin, pour l'opposition russe, c'est une triste affaire. Car cela prouve que le jour (qui arrivera...) où Poutine tombera, cela sera dans le sang, car il n'abandonnera pas le pouvoir comme cela et les 100 morts de Maïdan pourront se multiplier par cent dans les rues de Moscou, le jours où...