En fait je commence à me demander si je ne place pas le club de Grenoble plus haut qu'il ne l'est réellement. Finalement, l'histoire de ce club est si riche... mais s'est surtout très souvent fait volé la vedette par Rouen, pourtant arrivé après. Grenoble met du temps à se construire, là où Rouen a été à l"inverse très rapide, mais ça fait finalement déjà 30 ans qu'ils sont là et même bien mieux là pendant que Grenoble faisait le yoyo. En fait, Grenoble a raté cette marche pour devenir le club incontournable qu'on aimerait qu'il soit, devant Rouen. En réalité on a toujours eu le moyen de passer devant mais on n'y est jamais vraiment arrivé, et on s'est toujours rassuré en se disant qu'en France il y a Grenoble et Rouen... en fait il y a surtout Rouen, puis Grenoble vient quand même déjà bien après. Je suis jaloux de Rouen, j'aurais aimé que Grenoble soit aussi fort, mais c'est vraiment Rouen l'unique patron du hockey français, ce n'est pas un tandem.
Puis vinrent les saisons 2006-2007 et surtout 2008-2009, où là dans ma tête de supporter j'ai cru que Grenoble était enfin devenu le club que j'espérais qu'il soit, que Grenoble allait finalement reprendre la main sur Rouen, tout était en place, l'exploit était fait, il ne restait plus qu'à continuer sur la lancée. Puis finalement, comme d'hab, de déboires en déboires, Grenoble sombre dans les dettes interminables et interminées. Je crois que je n'ai pas fait cette transition dans ma tête : que Grenoble est désormais devenu un club normal en Magnus, certes un peu au dessus de la moyenne, mais de plus en plus concurrencé par d'autres, là où à l'inverse Rouen n'a jamais autant surnagé avec le plus gros de ses titres glanés depuis. Grenoble n'est plus le challenger de Rouen pour dominer la Magnus, Grenoble est comme les autres, essaie de gagner un titre.
Grenoble n'a jamais transformé l'essai, ne s'est jamais installé durablement en haut de la hiérarchie à côté de Rouen. Pourtant je place mes attentes à ce niveau, comme une juste revendication historique, c'est dire le décalage ! En réalité, Grenoble est en haut à crédits, et quand il ne l'est pas, vit un peu sous perfusion de capitaux. Je crois que j'en attends trop de ce club, quand on revendique qu'ici c'est Grenoble, oui, mais c'est quoi Grenoble en vrai ? Est-ce que justement on ne place pas Grenoble plus haut qu'il ne peut l'être réellement ? Certes Grenoble doit être dans le Top 4, mais en réalité, on aimerait surtout que Grenoble soit dans le Top 2, et plus souvent même premier de ce top 2. Et pourtant, même le Top 4 devient certaines fois difficile.
Bref, il y a sans doute un excès de chauvinisme pour ma part. Grenoble est peut être à sa juste place après tout et voilà tout. Peut être que cette saison c'est "quand même" bien finalement, je ne sais plus trop. Si on considère le Grenoble uniquement d'après le quadruplé, il y a moyen de s'enthousiasmer de cette saison. Si on considère Grenoble d'avant + du quadruplé on est déçu.... Ne vit-on pas un peu comme le football français qui n'arrive plus à tourner la page de 98 depuis maintenant 20 ans, en continuant à penser qu'on a une place plus importante qu'elle ne l'est dans notre sport ?
Enfin bon, je fais mes étapes du deuil, j'en suis à la résignation, peut être à l'acceptation. Place à la reconstruction...
Grenoble a depuis longtemps tous les ingrédients pour bien figurer en haut de l'échelle du hockey français, la formation, le public, une histoire bien remplie, une ville où le hockey est une institution, et, depuis les années 2000, des structures professionnelles faites pour le haut niveau.
Ce qui fait la différence entre Rouen et Grenoble c'est, sans aucun doute, les hommes qui ont pris en charge les destinées des 2 clubs depuis 30 ans.
à Rouen c'est 3 présidents depuis 1988 avec 2 hommes emblématiques JC Ducable et T.Chaix qui ont accumulé à eux deux 38 ans à la tête du club, un projet au long terme, donc, par des hommes passionnés, amoureux de leur club et en plus compétents en la matière avec surtout un Thierry Chaix, ancien joueur international qui a eu la chance de trouver à ses cotés dés le début de sa présidence, Guy Fournier également joueur emblématique du club.
à Grenoble, c'est 10 présidents en 30 ans avec des gens qui se sont retrouvés là par hasard (Durand, Fouletier, Galbrun) ou uniquement par intérêt (Jannez, Blache, Carrel-Magnan) et qui ont mis le club dans des positions financières et sportives délicates à cause de leur incompétence ou de leurs ambitions personnelles.
On a beau avoir toutes les armes pour gagner, encore faut-il savoir les utiliser à bon escient ?
C'est ce qui fait toute la différence entre les 2 clubs : des professionnels issus du milieu d'un coté et ... une majorité d'amateurs de l'autre.