
Bilan de saison 2014-15
Deuxième saison décevante pour les Dragons, avec « à peine » un trophée de Coupe de France à accrocher dans la vitrine. Pourtant, la saison régulière ne fut pas si décevante que cela avec une invincibilité à domicile, une deuxième place en saison régulière et deux finales en coupes. Mais le titre principal et surtout la manière n’ont pas été au rendez-vous, loin de là. Les raisons sont diverses : effectif trop court, mal dirigé (il était temps de s’en apercevoir), avec des erreurs de casting. Au niveau individuel, les nouveaux venus ont presque tous déçus à divers degrés. Les rares satisfactions sont tout de même de taille, avec par exemple Patrick Coulombe.
Au final, le bilan tiré de cette saison recouvre pas mal d’aspects à améliorer, parfois drastiquement : profondeur de l’effectif, qui a coûté cher face à Epinal en playoffs, expérience et caractère, qui auraient permis de surmonter quelques moments clés mal négociés, et physique, qui est pour ce point un constat tiré par l’ensemble des équipes de la ligue. On peut d’ores et déjà dire que pour remédier à tout cela, les dirigeants des Dragons ont procédé à une grande lessive. Voyons ce qu’il en est.

Intersaison 2015
Staff
Thierry Chaix (président)
Guy Fournier (directeur sportif)
Fabrice Lhenry (entraîneur)
Ari Salo (assistant)
Un bien beau staff, qui connait son hockey, c’est indéniable, et qui s’est enfin reconcentré sur l’aspect sportif du club, après sa bien trop longue parenthèse dans l’immobilier. Les deux dirigeants ont su prendre conscience que les derniers recrutements avaient été bien insuffisants sur de nombreux points, et ont fait des choix en conséquence. Ils ne sont pas forcément sans risques, mais sont cohérents. Le premier fut de mettre aux commandes de l’équipe l’ex-portier Fabrice Lhenry, appuyé par l’ex-entraîneur Ari Salo.
Un tandem qui a de quoi séduire puisque assez complémentaire, tant dans les caractères que dans l’apport technique ou tactique. Une réserve néanmoins vient du fait que l’entraîneur en chef en est à ses débuts derrière le banc, avec un effectif pas du tout taillé pour un débutant, cela alors qu’il n’est pas du genre à se laisser marcher sur les pieds. Il devrait y avoir des étincelles dans le vestiaire cette saison !

Gardiens
Changements
Riopel → Sabourin
Lhenry → Papillon
Dany Sabourin (G n°1)
Une page se tourne dans les cages rouennaises, mais autant dire que pour reprendre le flambeau, les Dragons ont su frapper un grand coup en allant chercher Sabourin. Ni plus ni moins qu’un goalie au format géant ayant décroché le titre de meilleur gardien d’AHL, ligue dans laquelle il a passé le plus clair de son temps, tout en ayant eu l’opportunité d’évoluer de façon significative en NHL. Certes, Aubin dispose du même CV, sauf que le futur jaune et noir est, lui, dans ses meilleures années. Rouen peut dormir sur ses deux oreilles, l’antre du dragon est plus que bien gardée.

Quentin Papillon (G n°2)
Un jeune international prometteur, pour qui la saison arrivant est l’année de transition parfaite : pouvoir progresser aux côtés d’un excellent gardien, et sous les ordres d’un ancien tout aussi prestigieux derrière le banc. Il n’aura certes droit qu’à quelques rares matchs, mais aura les U22. De quoi attaquer dans les meilleures conditions possibles la saison 2016-17 et un nombre de départs bien plus significatifs.
Défense
Changements
Groulx → Dame-Malka
Janil → Chakiachvili
Cunningham → Konttinen
Faure → Houeix
Le général
Patrick Coulombe : nouveau venu du précédent exercice, par son jeu, son charisme et son implication de tous les moments, il s’est taillé le costume du patron de cette défensive rouennaise. Très mobile et offensif, sachant mener la charge lors des moments décisifs, sa vision du jeu lui permet d’être aussi dangereux chez l’adversaire qu’efficace dans sa propre zone, ce qui compense largement un gabarit modeste. Il semble s’être attaché au club, jouant un grand rôle dans l’arrivée de très bons renforts, ce qui est un plus loin d’être négligeable, sachant qu’il a côtoyé du beau monde au cours de sa carrière. Dans cette défensive, le joueur parfait pour construire autour.

Joueurs à surveiller
Olivier Dame-Malka : un arrière au potentiel intéressant, mobile, avec un très bon lancer, une bonne première passe et de solides habiletés défensives. A vrai dire, son seul défaut est sa propension à jouer inutilement de façon bien trop dure, dans une ligue où ce genre de comportement passe très mal. Il a certes fait quelques efforts de ce côté, mais il va devoir faire mieux, d’autant plus suite à l’incident Scolari, car il a désormais une bien mauvaise image qui lui colle à la peau. S’il veut intégrer l’équipe de France, s’en débarrasser sera indispensable.
Tero Konttinen : un arrière mobile très (trop) offensif, disposant d’une bonne expérience dans les divers championnats suédois et surtout finlandais. Il devrait être un bon quart arrière pour la seconde unité spéciale. Néanmoins, quelques doutes subsistent : il n’a jamais accompli de saison complète, changeant de club, et/ou jouant un nombre de matchs réduit. Problèmes de santé, d’attitude ? Espérons aucun des deux.
Autres
Antonin Manavian : semble avoir enfin atteint sa maturité, sachant désormais contrôler son caractère soupe au lait. Reste donc un arrière bon défensivement, tout à fait capable de temps à autre d’apporter le danger dans la zone adverse. De plus, son gabarit intimidant et sa réputation sont de belles garanties que peu d’attaquants viendront titiller Sabourin. Seul défaut désormais : son manque de mobilité, qu’il compense par une belle allonge.
Florian Chakiachvili : un jeune prometteur qui sort d’une saison plutôt décevante, puisque sa progression, constante jusqu’ici, a quelque peu stagné, voire légèrement régressé, mais à sa décharge, comme la plus grande partie de l’effectif briançonnais. Un changement d’air pourrait être bénéfique et, puisque c’est ce qu’il souhaite, lui servir de tremplin dans la perspective d’évoluer à l’étranger. Problème, le profil d’arrière défensif n’est pas vraiment le plus recherché, et il n’aura pas forcément beaucoup de temps de jeu comme n°5.
Léo Guillemain : un jeune au format géant qui, après un exercice 2013-14 très prometteur comme arrière défensif, a connu une saison 2014-15 plutôt décevante. A lui de prouver qu’il peut rebondir, surtout qu’il ne peut avoir de meilleures conditions pour ce faire puisque toute véritable concurrence pour le poste de n°6 a disparu.
Brieuc Houeix : un jeune encore très tendre, qui est là pour faire le nombre, ce qui est tout de même très très juste pour remplir le rôle de n°7.

Coulombe (LD) – Dame-Malka (LD)
Des arrières aux profils complémentaires, manque tout de même un droitier.
Konttinen (LD) – Manavian (RD)
Des arrières aux profils et gabarits complémentaires.
Guillemain (LD) – Chakiachvili (LD)
Deux jeunes arrières défensifs en quête de rédemption. Manquent tout de même d’expérience même si le potentiel est là.
+ Houeix (LD)
Le top 4 est bien équilibré entre offensif et défensif, avec du talent et de l’expérience. C’est plus la 3ème paire qui peut poser problème par sa jeunesse et son passif lors de la dernière saison. De même, l’arrière-garde souffre d’un gros manque de profondeur, ce qui pourrait devenir un sérieux problème en cas de blessure. De même, il manque au minimum un droitier de plus dans l’escouade.
Attaque
Changements
Desrosiers → Krog
Charland → Labelle
Lacroix → Treille S.
Leveillé → Raux
Benoît → Treille Y.
Saint André → Arrossamena
Le maître à jouer
Jason Krog : un vétéran aux habiletés offensives exceptionnelles, ayant roulé sa bosse dans presque tous les grands championnats existants. Un très bon faiseur de jeu qui, même s’il a forcément quelque peu levé le pied ces dernières saisons, reste du très très haut niveau pour la Magnus. Concernant son « grand » âge, il faut bien tenir compte du fait qu’il dispose d’une santé de fer, n’ayant jamais subi de blessure grave dans toute sa carrière, donc peu de crainte à avoir de ce côté-là. Sa vision de jeu et ses habiletés aux engagements garantissent aux Dragons de disposer d’une première unité spéciale plus que redoutable.
Le buteur
Olivier Labelle : « intense », c’est le mot qu’il choisi pour qualifier tant son jeu que sa personne. Et il a bien raison, car ce Québécois est l’avant type nord-américain : il fonce au filet, marque dans le trafic, frappe fort, joue rude, n’hésitant jamais à tomber les gants, et surtout ne lâche rien. Il n’ira pas faire les beaux jeux, c’est sûr, mais donnera l’espace nécessaire aux autres pour les accomplir, et au final les conclure. Son implication sur et en dehors de la glace sont exemplaires, ce qui en fait le coéquipier idéal. Le A sur son chandail a d’ailleurs souvent récompensé dans sa carrière cette belle attitude. Bonne nouvelle, ce vétéran envisage clairement son passage à Rouen sur plusieurs saisons, ce qui une belle garantie quant à ses motivations.

A surveiller
Marc-André Thinel : un capitaine modèle qui, même s’il prend de l’âge, garde la même production au fil des ans. Il dispose toujours de mains et d’une vista extraordinaires, capables de faire la différence par un jeu ou un tir à tout moment. Attention, il a pour la première fois occupé de façon significative l’infirmerie, sans que ce soit non plus trop dramatique. Curieusement, c’est durant sa période d’absence que l’équipe a pratiqué son meilleur hockey. Est-ce que cela en dit long sur son influence, pas forcément positive, sur l’état d’esprit de l’effectif ? A voir. De même, pas sûr qu’il se laisse marcher sur les pieds par son coéquipier de longue date et désormais entraîneur : Lhenry. Saison décisive donc.
Sacha Treille et Yorick Treille : la fratrie pour la première fois réunie… et pas à Grenoble. Est-ce une si mauvaise chose ? Pour le symbole, oui, clairement. Mais sportivement, le rapport qualité/prix n’est certainement pas à leur avantage, et il n’y a bien que Rouen pour pouvoir se payer ce luxe. On a là deux attaquants de puissance, intenses dans leur jeu, et disposant de belles qualités techniques. Le premier est au sommet de sa carrière, même si les nombreux changements de clubs/championnats ne l’ont guère aidé à trouver son rythme ces dernières années. Pour le deuxième, on est clairement dans la fin de carrière, avec la volonté de réaliser un baroud d’honneur, loin des matchs en demi-teinte réalisés dernièrement à Grenoble. Il n’y a jamais trouvé sa place, ce qui, du reste, n’est pas forcément de sa faute. Les deux auront donc à cœur de prouver qu’ils valent mieux que leurs dernières performances, l’un pour relancer sa carrière, l’autre pour la finir en beauté.
Autres
Damien Raux : retour à la maison pour cet international. Ce vétéran au jeu assez complet a ralenti quelque peu sa production sur les deux dernières saisons, ce qui le « relègue » pour l’instant dans l’effectif rouennais à une place dans le « bottom 6 ». A lui de prouver qu’il vaut mieux que ça, mais la concurrence est rude, tout particulièrement au poste de centre.
Loïc Lampérier : un peu le même constat que le précédent, à la grosse différence que son dernier exercice est beaucoup plus convaincant, et que son plus jeune âge le place pour l’instant un peu plus haut dans la hiérarchie.
François-Pierre Guénette : un vétéran disposant de belles aptitudes dans tous les aspects du jeu. Une sorte de couteau suisse qui sait s’adapter à toutes les situations, et montrer l’exemple lorsque cela compte. Pas forcément le plus productif en terme de points, mais indispensable sur le top 6 dans son jeu avec ou sans palet, afin de permettre à son trio d’être à son meilleur. Mais attention à la concurrence.

Dustin Whitecotton : un vétéran disposant d’un joli CV et surtout d’une belle pointe de vitesse, qu’il sait utiliser dans les deux sens de la patinoire. Très bon aux engagements, il sait aussi contribuer de belle manière offensivement, tant à la création qu’à la conclusion des actions. Son point faible est clairement sa perte de moyens lorsque le jeu devient trop physique. La preuve en est sa production en chute libre en playoffs, en DEL ou en AHL. Cela devrait bien mieux se passer par chez nous, mais néanmoins à voir, car toutes les équipes ou presque ont recruté des profils plus physiques pour la saison à venir.
Nicolas Arrossamena : un ailier buteur, redoutable lorsqu’il est impliqué. C’est bien là que le bas blesse, car il ne se présente que de façon très chaotique, sans compter qu’il est assez facile de le faire sortir de son match. Bien dommage, car il dispose clairement du talent pour se tailler une place sur le top 6 de n’importe quelle équipe française.
Dan Koudys : un avant très énergique, infatigable à l’échec avant, et excellent en infériorité. Malheureusement, cela s’arrête là, car offensivement ses capacités sont assez limitées. Curieux donc que ce genre de rôle n’ait pas été confié à un jeune JFL, d’autant que Rouen n’est pas le genre de club à en manquer. Il faut croire qu’il tient une place d’importance dans la construction de l’esprit d’équipe.
Fabien Colotti : un jeune au potentiel intéressant qui a fui Grenoble et son contexte extra-sportif particulier. Il a su tout doucement grappiller du temps de jeu en élite et bien progresser en U22. A voir, maintenant que les 4èmes trios ont un rôle significatif, s’il parvient à concrétiser ses aptitudes en élite.
Treille S. (LW/RW) – Krog © – Labelle (RW)
Avec ces deux ailiers, Krog devrait amplement disposer de temps et d’espace pour réaliser des jeux que ses deux camarades seront plus que capables de conclure. Attention au repli.
Thinel (LW) – Guenette © – Treille Y. (RW)
Un duo qui commence à bien se connaître, auquel on ajoute un vétéran supplémentaire capable d’aller dans le trafic, pour un trio assez complémentaire.
Lampérier (C/LW) – Whitecotton (C/LW) – Arrossamena (RW)
Là encore, un trio avec des profils complémentaires, et de redoutables habilités offensives.
Colotti (F) – Raux (C/LW) – Koudis (F)
Un quatrième trio de haut niveau avec de l’expérience et des aptitudes dans tous les secteurs de jeu.
Cette attaque déborde de talent de la première à la quatrième ligne, et fait clairement rêver. Un véritable rouleau compresseur. Néanmoins, quelques points peuvent amener à des difficultés, aspects qui d’ailleurs s’ajoutent l’un à l’autre : concurrence, âge et contre-performance. Quelques joueurs, pour diverses raisons, ont été sujets à des baisses de régimes ces dernières saisons. Hors, au vu de la profondeur de l’effectif, la hiérarchie risque d’être très vite bousculée à la moindre déception, et engendrer d’inévitables tensions. Car on ne parle pas là de jeunes qui apprennent le métier, mais bien de vétérans confirmés pour l’immense majorité du groupe, avec qui plus est de sacrés bagages. Pas sûr donc qu’ils se laissent marcher sur les pieds, surtout par un entraîneur « rookie ».

Perspectives
Quelle équipe ! Pour une partie non négligeable, Rouen peut dire merci à Coulombe ! Tout d’abord une défense qui, même si elle est courte en quantité, peut se reposer sur un mur dans les cages. Devant, la réputation offensive des Dragons est respectée, avec une escouade conjuguant talent brut, profondeur et expérience. Une machine qui, si elle ne se grippe pas d’elle-même, va faire exploser tous ses opposants aux troisième tiers, et fera payer cash la moindre erreur sur la glace.
A vrai dire, le seul véritable adversaire de cette équipe est… elle-même. En effet, comment va se passer cette première saison avec Lhenry aux commandes, lui qui est connu pour son caractère bien trempé et sans concession, ceci alors qu’il a nombre de fortes têtes sous ses ordres, des joueurs pas beaucoup plus jeunes que lui et parfois bien plus expérimentés ?
Pronostic : 1er (1er au mieux et 4ème au pire)